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Coûts de l'enherbement en culture tropicale

Les pertes de production dues aux mauvaises herbes affectent la production alimentaire mondiale, mais plus particulièrement celle des pays en voie de développement. C'est en effet en zone tropicale que l'estimation des pertes est la plus élevée : 25% des productions, contre 5% dans les pays développés. Déjà, en 1967, la première analyse mondiale montrait qu'en Afrique, ces pertes étaient de l'ordre de 10 à 56%.

Les effets de l'enherbement

Un concurrent des cultures

En premier lieu, les mauvaises herbes peuvent avoir un effet négatif direct par compétition avec la culture vis-à-vis des éléments nécessaires à la croissance (eau, nutriments, lumière, espace de développement). Cette compétition est d'autant plus importante en début de cycle, qu'aux premiers stades de développement les mauvaises herbes absorbent plus vite les nutriments que la culture.

Les phénomènes d'allélopathie interviennent également dans les pertes de rendement. Cependant, ils sont rarement différenciés des phénomènes de compétition car au champ, il est impossible de dissocier les deux mécanismes. Différentes espèces sont reconnues pour avoir un effet allélopathique sur les cultures. Par exemple, Cyperus esculentus a un effet dépressif sur le maïs et le soja par émission de substances allélopathiques.

Dépendant des pratiques

Les pertes en culture cotonnière en Afrique sont évaluées à 35% si les mauvaises herbes ne sont pas contrôlées pendant le premier mois après le semis. Elles peuvent s'élever à 90% dans le cas d'une compétition avec Cyperus rotundus en culture irriguée, au Soudan. Au Togo, une culture de maïs sarclée à deux reprises présente des pertes de rendement de 15% , tandis que la même culture non sarclée accuse 85% de pertes. En culture d'arachide pluviale au Soudan, des pertes de 63 à 88% peuvent être enregistrées. En Asie, les pertes de rendement en riz pluvial peuvent varier entre 40 et 100% si l'enherbement n'est pas correctement géré entre 40 et 60 jours après semis.

Favorisé par des conditions limitantes du milieu

Toutes ces valeurs ne sont qu'indicatrices. En effet, une même culture peut réagir différemment à la compétition des mauvaises herbes en fonction des conditions écologiques du site et des conditions climatologiques de l'année. De même, l'importance de la compétition varie en fonction des espèces dominantes de la flore adventice et de la culture considérée. Cette compétition sera d'autant plus importante et préjudiciable à la culture, que les conditions de milieu sont limitantes (faible disponibilité en eau en période sèche ou en nutriments dans les sols dégradés).

Cas du parasitisme

Un cas particulier de dégât direct est le parasitisme. Le principal responsable, en zone tropicale, est le genre Striga, et plus particulièrement trois espèces (S. hermonthica, S. lutea, S. gesnerioides). En Afrique, le genre Striga est présent dans 40% des terres arables sub-sahariennes et occasionne des pertes moyennes de production céréalière (maïs, sorgho, mil) de 48%. S. asiatica induit des pertes de récolte en maïs de 15 à 65%, tandis que les pertes de production de sorgho dues à S. hermonthica au Nigeria s'échelonnent entre 10 et 90%. En Afrique, les pertes directes de revenus liées à Striga étaient évaluées en 1991 à 2,9 milliards $US.

Favorise le parasitisme

D'autre part, les mauvaises herbes peuvent servir d'hôtes secondaires pour différents ravageurs des cultures, insectes ou maladies. Au Soudan, une cinquantaine de mauvaises herbes donnent refuge à Bemisia tabaci, ravageur du cotonnier.

Déprécie la récolte

Les mauvaises herbes peuvent jouer un rôle négatif indirect sur la production agricole. La présence de semences ou de débris végétaux réduit la qualité de la récolte et en diminue la valeur commerciale. La présence de graines de Rottboellia cochinchinensis dans une récolte de maïs ou de riz en réduit le prix de vente, ou peut empêcher son utilisation pour la semence. Le prix du coton graine au Cameroun est fonction de sa propreté.

Coûts de la lutte

La lutte contre les mauvaises herbes représente un coût très important, notamment en temps de travail.

Temps de travail

Au Togo, le sarclage et le buttage de la culture cotonnière représentent 18 à 42% du temps de travail total consacré à la culture. Ce temps varie beaucoup en fonction de l'âge de la parcelle et du nombre de sarclages effectués. De même, le temps de sarclage varie de 10 à 16 j/ha en fonction du degré d'enherbement. Les observations faites au Togo depuis 1982 montrent que le nombre de sarclages n'augmente pas de façon significative avec le nombre des années de culture d'une parcelle. En revanche, la durée du sarclage augmente significativement. D'autre part, le sarclage est d'autant plus long qu'il est effectué tardivement.

Au temps de sarclage effectué durant la culture, doit s'ajouter le temps de nettoyage de la parcelle en début de cycle. En zone tropicale à une saison des pluies et saison sèche marquée, l'enherbement de la parcelle en début de cycle est très faible et peut être éliminé correctement par une préparation de sol bien faite. Par contre, dans les régions à deux saisons des pluies (climat guinéo-soudanien) ou dans les régions à hiver froid à forte condensation (régions montagneuses d'Asie du Sud-Est), la végétation se développe de façon importante durant l'inter-culture et les temps de nettoyage sont importants. Au Vietnam, le sarclage du riz pluvial de montagne représente 30% des temps de travaux, auxquels viennent s'ajouter 28% pour le nettoyage de la parcelle en début de cycle. C'est donc près de 60% du temps qui est consacré à la lutte contre les mauvaises herbes, ce qui représente 140 à 190 j/ha de travail.

Le coût réel du désherbage dans les petites exploitations traditionnelles est difficile à chiffrer dans la mesure où la main d'œuvre est essentiellement familiale ou organisée en travaux collectifs villageois, donc non rémunérée. A Madagascar, le coût du désherbage de la culture cotonnière représente 15 à 35% des dépenses de production. Il en est de même pour l'entretien des cultures vivrières et cela ne représente que 10 à 20% des dépenses en riziculture irriguée, culture pour laquelle le sarclage est souvent délaissé ou tardif.

Méthodes pour réduire le temps de travail

En culture attelée ou motorisée, l'utilisation du corps sarcleur permet de réduire considérablement les temps de travaux. Le sarclage ne nécessite que 1,5 j/ha, auquel s'ajoutent 3 à 6 j/ha de sarclage manuel sur la ligne.

Le désherbage chimique de pré-levée permet un gain de temps important en éliminant ou en retardant le premier sarclage ou tout au moins, en le facilitant considérablement. Il permet ainsi d'améliorer le calendrier agricole en dégageant du temps au moment des sarclages, qui peut être reporté sur d'autres activités.

Concurrence entre les priorités

Dans le calendrier de travail de l'exploitation, les premiers sarclages des cultures vivrières précoces entrent en "concurrence" avec la préparation des sols et les semis des cultures cotonnières et vivrières tardives. Ainsi, en culture traditionnelle, il est fréquent que l'un ou l'autre de ces travaux soit mal réalisé du fait de l'enherbement trop développé. Le sarclage est l'activité la plus consommatrice de temps pendant la saison de culture, notamment à une période où certains labours et semis sont encore à réaliser. La priorité est donnée à ces derniers au détriment des sarclages. Ceci se traduit par de forts enherbements donc par un travail ultérieur plus pénible et plus exigent en temps.

Impacts du désherbage sur l'efficacité des traitements

L'intensification des cultures et la valorisation des intrants (engrais, pesticides...) nécessitent une bonne maîtrise de l'enherbement. De nombreuses études montrent que la fertilisation est d'autant plus efficace que la maîtrise de l'enherbement est meilleure.

Le choix des itinéraires techniques et des rotations est parfois élaborée en fonction de contraintes malherbologiques. C'est ainsi qu'au Bénin, l'apport de fumure organique (terre de parcage des zébus) n'est plus préconisé sur le cotonnier mais sur le maïs désherbé chimiquement, car les infestations d'Ipomoea eriocarpa, liées à l'apport de ce type de fumure, sont mieux maîtrisées par l'atrazine en culture de maïs.

La rotation des cultures et des pratiques qui leur sont associées prend toute sa signification dans la gestion des enherbements. Par exemple, la culture continue de sorgho est proscrite sur les parcelles très infestées de Striga spp. On préconise alors une rotation avec des plantes-pièges "faux hôtes" (cotonnier, arachide,...) qui permettent la germination mais pas la croissance complète du parasite et l'utilisation de variétés tolérantes, voire résistantes.

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