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Place des herbicides dans l'itinéraire technique

Les herbicides de pré-levée ont été les premiers diffusés en zone tropicale, notamment sur les cultures de la rotation cotonnière et les cultures industrielles (canne à sucre). Ces produits sont faciles à vulgariser, car leur spectre d'efficacité est souvent assez large et ils s'appliquent à une période bien définie, juste après le semis.
Toutefois, ces herbicides sont très dépendants de l'état physique du sol : ils ne peuvent pas être appliqués sur un sol trop motteux ou couvert par un paillis épais. Leur disponibilité dans la solution du sol dépend de la texture : le produit est adsorbé par les feuillets d'argile ou les colloïdes de la matière organique. Inversement, en sol sableux, les risques de phytotoxicité sont accrus.
La pluie, avant ou après l'application, favorise généralement la diffusion à la surface du sol de ces herbicides à pénétration racinaire ; cependant, une pluie érosive qui survient après l'application risque d'entraîner le produit par ruissellement.

Les produits de post-levée, fréquemment employés en culture de riz ou de canne à sucre, peuvent être choisis en fonction de la flore des mauvaises herbes présentes. Ces produits sont souvent spécifiques : action anti-dicotylédone en culture de maïs, de riz ou de canne à sucre, action graminicide en culture de cotonnier ou de légumineuses. Ils sont indépendants du type de sol et de son état ; par contre, a pluie diminue l'efficacité de ces herbicides à pénétration foliaire, épandus sur le feuillage, par entraînement du dépôt ; le délai nécessaire entre la pulvérisation et la pluie dépend du produit et de l’intensité de la pluie. Par ailleurs, la détermination de la date d'application est parfois difficile.

Les herbicides totaux les plus répandus sont des produits de post-levée des mauvaises herbes. Ils peuvent être employés à diverses périodes du cycle cultural, en traitement en plein ou en localisé si la culture n'est pas installée, en traitement dirigé en cours de culture. Le choix des produits dépend des espèces à détruire :

  • en cas d'infestation par des espèces vivaces comme Cynodon dactylon, Imperata cylindrica, Cyperus esculentus, Cyperus rotundus ou Launaea sp., ce sont des produits systémiques comme le glyphosate ou le sulfosate qu'il faut employer
  • si la flore n'est constituée que d'espèces annuelles (Digitaria horizontalis, Tridax procumbens, etc...), les produits de contact, comme le paraquat ou le glufosinate ammonium seront suffisants.

Mode d’emploi des herbicides totaux

PLUS EFFICACES SUR LES PLANTULES

Quelle que soit la période d'emploi, l'efficacité sera meilleure si l'épandage est effectué au stade plantule, sensible au produit à des doses assez faibles. La pulvérisation atteint difficilement les parties basses des végétaux trop développés, à cause d'un effet "parapluie". Ainsi, il est préférable de faire deux applications de paraquat à 200 g/ha à deux ou trois semaines d'intervalle sur des plantules de Digitaria horizontalis lorsque les premières pluies arrivent très tôt, plutôt que d'attendre la veille du semis, car alors une dose de 600 g/ha sera nécessaire sur des plantes adultes, sans garantie d'efficacité totale.

APPLICABLES JUSQU’AVANT LE SEMIS

L’application au moment du semis des herbicides totaux à pénétration foliaire, comme le paraquat et le glyphosate, évite tout risque de phytotoxicité. Ces produits sont immobilisés, donc inactivés, au contact du sol par adsorption ou formation de complexe avec les argiles ou la matière organique. Tant que la culture n'est pas levée, elle ne peut être touchée. Ce n'est que dans les sols dégradés très sableux, sans matière organique ni argile, qu'il pourrait y avoir un risque de phytotoxicité.

EN APPUI A D’AUTRES METHODES, AVANT LA LEVEE DE LA CULTURE

En culture manuelle comme en culture mécanisée, les herbicides totaux peuvent être employés avant la levée de la culture, dans trois cas de figures.

  • Avant un labour tardif : en début de saison des pluies, les précipitations sont trop réduites et trop irrégulières pour commencer les travaux du sol ; cependant, l'humidité est suffisante pour que se développent les mauvaises herbes à cycle court. Dans ce cas, le labour, qui ne travaille souvent que sur une faible épaisseur de sol sans le retourner, ne permet pas d'enfouir complètement la végétation : le nettoyage de la parcelle avant la préparation du terrain avec un herbicide total améliore son rôle nettoyant.
  • Entre labour et culture : dans de nombreuses situations, la charge de travail ne permet pas à l'agriculteur de pratiquer la préparation de la parcelle et l'implantation de la culture assez rapidement pour empêcher le développement de l'enherbement sur les parcelles ; de plus, l'irrégularité des pluies impose l'étalement des opérations culturales sur de longues périodes qui sont mises à profit par les mauvaises herbes pour s'installer. Les plantules apparues après le travail du sol peuvent être éliminées avec un herbicide total ; cette technique dite du "faux semis" est particulièrement efficace contre les espèces comme Commelina benghalensis dont la germination est favorisée par le travail du sol. En culture irriguée, une pré-irrigation, suivie de la destruction de l'enherbement par un herbicide total, joue le même rôle, par exemple pour lutter contre les riz adventices.
  • Avant un semis direct : la pratique du "semis direct", avec suppression du travail du sol, permet une installation rapide des cultures et réduit la contrainte du respect des dates optimales de semis ; mais cette technique impose l'emploi d'herbicides totaux juste avant le semis, voire dans les semaines qui précèdent, si des pluies ont fait germer des mauvaises herbes. Les producteurs en culture manuelle constituent une cible prioritaire pour la diffusion de cette technique. Il faut faire attention à l'emploi de l'expression "semis direct" qui concerne à la fois les cultures pluviales et le riz irrigué, mais avec des significations différentes dans les deux cas :
    • en culture pluviale, le semis direct correspond à la suppression du travail du sol avant l'implantation de la culture,
    • o en riziculture irriguée, on parle de semis direct quand le riz est semé au lieu d'être repiqué, quelle que soit la préparation du terrain qui a précédé.

EN TRAITEMENT DIRIGE, POUR L’ENTRETIEN DE LA CULTURE

Le sarclage mécanique,en culture attelée ou motorisée, possible dans les cultures semées à grand écartement (cotonnier, maïs, sorgho, mil, manioc, canne à sucre, arboriculture, etc…), ne peut être mis en œuvre que dans les premiers stades de la culture, afin de ne pas endommager la plante cultivée. Pour les stades ultérieurs, l'entretien de l'inter-rang peut être réalisé par des traitements dirigés, avec des herbicides non sélectifs de la culture. Cette technique emploie un appareil de pulvérisation à pression entretenue, équipé d'un cache de protection. Elle a l'avantage d'être rapide et moins pénible que les sarclages manuels.

Rotation d'herbicides

L'emploi continu des mêmes produits herbicides conduit inévitablement à des sélections de flore, constituées souvent de peuplements monospécifiques, sur lesquels ces matières actives ne sont pas efficaces. Ces nouvelles populations ne peuvent être maîtrisées que si l'on modifie les techniques de désherbage ou, du moins, si l'on diversifie les produits utilisés en choisissant d'autres familles chimiques qui auront d'autres sites d'action.
Parmi ces populations, il faut distinguer deux types de comportement:

  • l'espèce ne fait pas partie du spectre d'efficacité du produit employé et sa sélection par le traitement herbicide est tout à fait prévisible. Cette espèce est dite tolérante;
  • il s'agit d'une population sur laquelle le produit est normalement actif, mais certains individus ne sont pas affectés; les plantes non détruites se multiplient, créant ainsi une nouvelle population, que l'on qualifie de résistante.
  • Conditons pour réussir une application

    • Choisir le bon produit en fonction de la flore des mauvaises herbes à maîtriser et de l'itinéraire technique de la culture.
    • Respecter les doses d'application ; souvent, les agriculteurs ont tendance à réduire les doses de produit, pour diminuer les coûts et éviter les risques de phytotoxicité ; les traitements ne sont pas toujours réalisés régulièrement en ligne, ce qui crée des zones où le produit est sous-dosé, donc inefficace, et des zones où le produit est surdosé, donc phytotoxique.
    • Intervenir au moment préconisé ; par exemple, les produits de pré-levée ne doivent pas être appliqués sur des plantes déjà levées ; les herbicides de post-levée sont épandus en fonction du stade de développement des mauvaises herbes, en particulier s'ils ont une action de contact ; ils seront d'autant plus efficaces que les cibles visées sont jeunes ; en riziculture, le propanil, qui agit par contact, doit être appliqué sur des plantes très jeunes (stade 3-4 feuilles) pour être efficace sur Poaceae.
    • Utiliser des appareils adaptés aux pulvérisations d'herbicides, équipés de buses à jet plat (buses pinceau ou miroir), alors qu’on rencontre fréquemment l’usage d’appareils prévus pour les pulvérisations d'insecticides, équipés de buses à jet conique à turbulence, voire d’atomiseurs à moteur; de plus, un soin particulier doit être demandé aux opérateurs pour le réglage et pour l’entretien après usage (rinçage, nettoyage, ...).

    • Vérifier régulièrement l'étalonnage des appareils, afin de corriger les défauts des appareils (usure des buses) ou les défaillances des opérateurs ; la quantité de bouillie épandue par hectare doit être déterminée, pour faire les calculs de dilution.
    • Préparer convenablement la bouillie : afin d'éviter le bouchage des buses, il est indispensable d'employer une eau de bonne qualité, d'utiliser un filtre et de s'assurer de l'homogénéité du mélange.
    • Bien maîtriser la technique d'application : la répartition sur la surface traitée doit être parfaitement homogène, ce qui impose la régularité du débit de l'appareil et de la vitesse d'avancement.
    • Ne pas négliger les précautions d'emploi et les risques de toxicité.
    • L’emploi d'herbicides de pré-levée a des conséquences sur la suite de l'itinéraire technique : par exemple, il est impossible de travailler le sol après l’épandage d’un tel herbicide.

    Dans le cas de cultures associées, la sélectivité des herbicides par rapport à toutes les cultures en présence dans l'association est essentielle. Il faudra donc, parmi les herbicides utilisables sur l'une ou l'autre des cultures, vérifier qu'il en existe au moins un qui soit bien sélectif de chacune des cultures à la dose employée en fonction des époques d'application et des stades de développement des plantes cultivées.

    Variétés génétiquement modifiées résistantes à un herbicide

    La sélection de variétés résistantes ou l'introduction de gènes de résistance à un herbicide dans des variétés cultivées ouvre une nouvelle voie dans la maîtrise de l’enherbement. C’est le cas de la lutte contre les riz adventices. Le produit, généralement un herbicide total mais parfaitement sélectif de la variété génétiquement modifiée, pourrait être appliqué avec une grande efficacité sur les mauvaises herbes et sans risque pour la culture. Toutefois, le problème de la fuite du gène de résistance à un herbicide se pose dans le cas d’espèces de mauvaises herbes très proches de la culture, comme les riz adventices. Une pollinisation croisée serait possible entre riz adventice et riz cultivé. Il pourrait alors y avoir invasion par des riz adventices résistants, d'autant plus rapide qu'une forte pression herbicide serait appliquée sur plusieurs cycles successifs. Ainsi, il existe un risque de pollution génétique si des variétés de riz dérivées de transformations génétiques sont développées.

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